Présidentielle 2018 en RDC : Corneille Nanga explique pourquoi Martin Fayulu n'a pas été proclamé vainqueur, alors qu'il avait devancé les autres
La République démocratique du Congo (RDC) a connu en 2018 sa toute première alternance pacifique après plus de 60 ans d’indépendance. Un moment historique qui, selon Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), aurait pu tourner au chaos si les résultats avaient suivi la réalité des urnes.
Lors d’une interview accordée au Journal Le Soir, l’actuel président de l’Alliance Fleuve Congo est revenu sur les circonstances entourant ces élections controversées, mettant en lumière le rôle joué par la radicalité de Martin Fayulu dans le choix final du vainqueur.
« À l’issue des élections, il apparut que Martin Fayulu avait devancé ses rivaux Félix Tshisekedi et Emmanuel Ramazani Shadary », a affirmé Corneille Nangaa.
Toutefois, malgré cette avance, le candidat de la coalition Lamuka n’a pas été proclamé vainqueur. La raison ? Son intransigeance et son discours jugé trop radical, notamment par les militaires et le régime sortant.
Selon l’ancien président de la CENI, Fayulu représentait une menace pour l’équilibre du pays et pour les forces en place. Son refus de toute concession et sa posture inflexible auraient alimenté des craintes de troubles majeurs.
« Sa radicalité et son intransigeance étaient considérées comme une menace par le régime sortant en général, particulièrement par les militaires. On risquait un coup d’État et un bain de sang dans la ville de Kinshasa», a expliqué Nangaa.
Face à ces tensions, une solution pragmatique a été trouvée avec l’appui de la communauté internationale et de certains chefs d’État africains.
« Un compromis à l’africaine a été trouvé avec l’approbation des Nations unies et de certains chefs d’État africains. L’enjeu d’alors était de sauver la nation. Pour la première fois, l’alternance pacifique a eu lieu », a poursuivi Nangaa.
Félix Tshisekedi a ainsi été proclamé président, garantissant une transition pacifique plutôt qu’un affrontement direct avec l’appareil militaire et politique du régime Kabila.
Pour Nangaa, cette décision visait avant tout à éviter une crise post-électorale sanglante, dans un pays où les transitions politiques ont souvent été marquées par des violences.
Si ce compromis a permis d’éloigner le spectre d’un conflit, il n’a pas été sans conséquences pour ses artisans. Corneille Nangaa et certains membres de son entourage ont rapidement été visés par des sanctions et des représailles.
« Mon adjoint à la CENI, mon conseiller technique et moi-même avons été frappés par des sanctions américaines», a-t-il déploré.
Avec le temps, les alliances ont évolué et Félix Tshisekedi, une fois solidement installé au pouvoir, aurait cherché à éliminer les témoins gênants de cet arrangement.
« Lorsqu’il est devenu fort, M. Tshisekedi s’est donné pour objectif de neutraliser tous les témoins devenus gênants », affirme Nangaa, citant l’arrestation de Vital Kamerhe, la mort suspecte du général Delphin Kahimbi et son propre harcèlement judiciaire.