Crise sécuritaire à Walikale : les notables accusent FDLR, Wazalendo et certaines forces étatiques (déclaration)
Les notables issus des communautés du territoire de Walikale, résidant à Goma, sont sortis de leur réserve.
Dans une déclaration rendue publique ce 26 décembre 2025, ils ont dénoncé avec fermeté la dégradation grave, persistante et généralisée de la situation sécuritaire dans le territoire de Walikale, en province du Nord-Kivu, une situation qu’ils imputent aux agissements conjoints des FDLR, des groupes Wazalendo, de certaines unités des FARDC ainsi que d’éléments des services de sécurité.
" " Depuis longtemps, les populations civiles subissent de graves violations de leurs droits fondamentaux: meurtres, arrestations arbitraires, enlevements, viols, pillages et extorsions
malheureusement sous le regard passif des autorités investies de la mission de les protéger. Ces exactions sont perpétrées par des éléments des FARDC, leurs alliés Wazalendo, les FDLR ainsi que par certains membres des services de sécurité, au sein même des entités sous contrôle gouvernemental.
À ces violences s'ajoute la prolifération de barrières illégales où des taxes arbitraires sont imposées aux usagers de la route", peut-on lire dans cette déclaration.
Les notables dénoncent également l’existence de cachots clandestins dans lesquels des civils de Walikale seraient détenus illégalement, parfois par des agents relevant de services de l’État tels que l’ANR, l’Auditorat militaire, la DGM ou encore les services de renseignements. Leur libération serait conditionnée au paiement de rançons jugées exorbitantes, transformant ainsi la détention arbitraire en un véritable système d’extorsion.
Sur le plan social, le tableau dressé est tout aussi sombre. Le tissu communautaire se désagrège sous l’effet des violences répétées. Des villages entiers se vident de leurs habitants, contraints à l’exode, tandis que les infrastructures de base sont délibérément ciblées. Les structures sanitaires tournent au ralenti, les professionnels de santé étant menacés et contraints d’abandonner les malades. Dans le même temps, de nombreuses écoles ont fermé leurs portes à la suite des représailles menées par les FDLR, les Wazalendo et certains éléments des FARDC.
Les notables rappellent avec gravité les événements tragiques du 15 décembre 2025 dans le village Tuonane, en groupement Waloa Loanda, secteur de Wanianga. Des maisons y ont été incendiées et des civils lâchement assassinés par des éléments FDLR, jetant les survivants sur les routes dans un dénuement total et sans aucune protection. Ils évoquent également les attaques meurtrières perpétrées en novembre dernier par des Wazalendo contre des populations paisibles dans le groupement Bakondjo, secteur de Bakano.
Par ailleurs, la déclaration dénonce le blocage de tout mouvement civil sur les axes Mpety–Pinga et Civanga–Bulambika–Hombo par les FARDC et leurs alliés, privant ainsi les populations de l’accès aux produits de première nécessité. Les mêmes tracasseries sont signalées sur le tronçon Kibati–Walikale-Centre, situation qui a entraîné une grève des taxis-motos avec des conséquences directes sur la vie socio-économique des habitants. Les notables affirment, non sans gravité, que les biens issus de ces extorsions seraient, dans certains cas, reversés à des autorités locales, notamment l’Administrateur du territoire et certains services étatiques.
Dans une conclusion qui tranche par sa fermeté, les notables de Walikale affirment constater que, paradoxalement, les populations vivant dans les entités sous contrôle du mouvement AFC-M23 se sentiraient aujourd’hui plus en sécurité que celles administrées par le gouvernement congolais. Ils estiment que l’État a failli à sa mission en laissant ses alliés et certaines de ses propres forces commettre des abus qu’ils qualifient d’innommables contre des citoyens sans défense.
Face à cette situation jugée dramatique et intenable, les signataires de la déclaration disent appeler de tous leurs vœux à une progression de l’AFC-M23 vers les entités encore sous contrôle du gouvernement et de ses alliés, dans l’objectif affiché de soustraire définitivement les populations de Walikale au joug de ceux qui, selon eux, ont failli à leur devoir de protection.
Boniface Malimingi Anatole