Présidentielle 2018 en RDC : Corneille Nanga révèle le «véritable vainqueur»

Fév 13, 2025 - 10:01
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Présidentielle 2018 en RDC : Corneille Nanga révèle le «véritable vainqueur»

Plusieurs années après la première alternance pacifique du pays. Corneille Nanga, ancien haut responsable de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et actuel dirigeant de l’Alliance du Fleuve Congo, est revenu sur cet épisode clé de l’histoire congolaise.

Dans une interview accordée au Journal Le Soir, il dresse un tableau sombre des événements qui ont suivi l’élection de Félix Tshisekedi, dénonçant des pressions, des menaces et des représailles politiques.    

« Il faut se rappeler le contexte de l’époque : ces élections auraient pu se tenir en 2016, elles ont eu lieu en 2018 après deux ans de "glissement" », rappelle Corneille Nanga. 

Ce scrutin, qui a marqué la première transition pacifique du pouvoir en RDC, était crucial aux yeux des Congolais et de la communauté internationale. Cependant, selon lui, les résultats officiels n’ont pas reflété la réalité du vote.  

« À l’issue des élections, il apparut que Martin Fayulu avait devancé ses rivaux Félix Tshisekedi et Emmanuel Ramazani Shadary. Sa radicalité et son intransigeance étaient considérées comme une menace par le régime sortant en général, particulièrement par les militaires. On risquait un coup d’État et un bain de sang dans la ville de Kinshasa », affirme-t-il.  

D’après Corneille Nanga, c’est pour éviter une crise majeure qu’un « compromis à l’africaine » a été trouvé, avec l’approbation des Nations Unies et de certains chefs d’État africains. Ce choix, bien que critiqué, aurait permis de préserver la stabilité du pays, même si certains acteurs politiques et la société civile ont dénoncé un arrangement en coulisses.    

Toutefois, cette transition politique a rapidement laissé place à des tensions internes. « Il faut cependant mettre un bémol à cette euphorie », nuance-t-il. « Mon adjoint à la CENI, mon conseiller technique et moi-même avons été frappés par des sanctions américaines. » Ces mesures visaient, selon Washington, à sanctionner des irrégularités électorales.  

Mais Corneille Nanga va plus loin en accusant le régime Tshisekedi d’avoir mené une véritable purge politique contre ceux qui auraient eu connaissance des coulisses de l’élection. 

« Ce compromis a évité la guerre et a duré deux ans. Lorsqu’il est devenu fort, M. Tshisekedi s’est donné pour objectif de neutraliser tous les témoins devenus gênants. »  

Les accusations sont graves : « Après deux ans, tout cela a volé en éclats. Le puissant général Delphin Kahimbi a été tué, Vital Kamerhe a été mis en prison, moi-même j’ai fait l’objet de harcèlement judiciaire et de convocations intempestives. Pour Monsieur Tshisekedi, j’en savais trop et je méritais la mort. »    

Face aux pressions et aux menaces, Corneille Nanga affirme avoir été contraint à l’exil. Il dénonce également des représailles à l’encontre de sa famille. 

« M. Tshisekedi m’a retiré ma garde, une bonne partie de ma famille est partie en exil, d’autres membres ont été enlevés et arrêtés. Mon père, le chef coutumier, a été humilié au village devant sa population par un commando de 17 éléments conduit par un haut gradé sur ordre personnel de Tshisekedi. »